S'enguirlander, autrement... ;)
- Madame TNOP

- 30 nov. 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 déc. 2025
Tonton est chasseur, mamie aime bien Pascal Praud, le petit cousin rigole uniquement les yeux rivés sur son smartphone et ton frangin raconte encore cette horrible blague sexiste…
On en est à peine au moment de faire tourner les petits fours que tu sens déjà une partie de ton âme quitter ton corps…
Et pourtant, tu as, avant tout, envie de vivre de la connexion avec ta famille, de construire de beaux souvenirs avec eux, mmm...?
Voici quelques tips CNV à mettre au fond de la poche de ta tenue de fêtes* ! ;)
* fonctionne pour n’importe quel autre moment collectif où tu aspires à rencontrer l’autre sans barrière.
1 – Parler en « Je »
Tu le sais bien, quand on s’adresse à toi avec ce genre de phrase « Toi, qui y vois bien, tu peux... chercher la fréquence de la radio d’Europe de l’est ? », non, tu n’as aucune prédisposition génétique pour cette tâche, et ce genre de demande t’agace plus souvent que ça ne te fait plaisir.
Si tu entendais : « J’aimerais beaucoup entendre à nouveau quelques chansons d’hiver polonaises, quelqu’un veut bien chercher la chaîne ? », comment cela résonne ce coup-ci ?
Peut-être même que tu te précipiterais, touché par cet éclat de lumière dans les yeux de papi...
Venant de toi, c’est pareil, quel que soit les sujets qui passent, un petit conseil, parle « depuis toi », en utilisant le « je » plutôt que le « tu », « toi ».
Autre variante le « on », ou équivalent, très pratique pour déguiser un avis en grande vérité.
Par exemple : « Tout le monde sait bien aujourd’hui que la consommation de viande rouge est catastrophique pour les générations futures».
Ma proposition n'est pas d’amoindrir ton propos (ouf!), et dans un débat d’idées, des faits viendraient étayer certaines affirmations. Cependant, ici, l’idée est de favoriser la connexion à l'autre pour optimiser les chances d'écoute et donc de compréhension.
Ces chances se retrouvent en chute libre dès que notre interlocuteur se met sur la défensive. Le "on" peut rapidement amener cette sensation en donnant une impression de légitimté écrasante avant même qu'il y ait eu l'espace pour que chacun-e s'exprime.
Puisque ce sujet me concerne (nous y reviendrons), je pourrais plutôt dire : « Oui, je me sens plus à l’aise de manger principalement sans viande. C’est important pour moi, je me sens plus en cohérence avec ma vision du vivant, de la nature, c’est plus doux pour moi. ».
Cette formulation n’empêche pas le rebond, mais augmente les chances que les autres comprennent ton propos, ou soit touchés par ce qui t’anime en le disant.
2 - Derrière chaque jugement négatif, un besoin qui souffre
à chaque parole qui viendrait heurter tes valeurs, tu peux te souvenir que : une pensée ne définit pas celui qui l’émet.
En effet, je penserais certainement différemment dans 5 ans, pourtant je serais toujours moi !
Déjà ce simple rappel met un peu de détente dans la façon d’entendre les propos.
Ensuite, derrière chaque jugement, se cache un besoin en souffrance. Et la traduction est parfois de haute voltige, mais toujours très satisfaisante, du moins quand on aspire au lien.
Regarde, toi, quand tu te plains de l’étroitesse d’esprit du tonton raciste, ton besoin de justice, d’harmonie, de paix, ou autre, est bousculé. Et souvent, cela s’exprimera par un jugement, si tu n’en as pas conscience. De la même façon derrière des propos racistes, il se cache souvent de la peur, et donc des besoins qui sont mis à mal dans la perception du monde de ton interlocuteur.
Attention, cela ne valide en rien la teneur des propos, mais cela te permet de te connecter à l’être en souffrance qui est blotti au creux de ces paroles dures à entendre, et de l’aborder différemment.
Autre exemple : ta belle-sœur, un brin complotiste, que pourrait-on en dire ?
Par exemple que ses besoins de confiance et de sens sont certainement mis à mal dans sa perception, et le complotisme est sa stratégie pour retrouver une forme de cohérence dans ce qui lui échappe.
3 - Ce qui est commun, ce à quoi nous aspirons
Quand un sujet cristallise des points de vue semblant très différents, voire opposés, et crispe tout le monde, il est utile de sortir LE joker : partager ce qui compte pour nous.
En effet, ce à quoi tu aspires, ce n’est pas tant que tatie arrête de croire que le dérèglement climatique c’est du vent, mais c’est surtout que tous les êtres vivants puissent mener leur vie pleinement, sans entrave, et se sentir en sécurité.
Quand on arrive à élever l’échange au niveau des aspirations, cela amène en général beaucoup de douceur, d’apaisement, et l’on se rend compte que l’on se retrouve bien plus facilement.
Ce qui diverge ce sont les stratégies que chacun élabore, depuis tous ses filtres, pour espérer vivre effectivement la satisfaction de tel ou tel besoin.
4 - Essayer d’écouter… pour de vrai !
Même si tu n’y penses que quelques minutes durant tout le temps des retrouvailles, c’est déjà très précieux !
Quand ta petite cousine, gâtée jusqu’au trognon, te parle de son stage de 3ème, et de l’extrême difficulté des tâches qui lui incombent, tu pourrais sourire, tu pourrais ramener à toi en disant « Attends, moi... », ou autre réponse automatique de ton intellect. Ou bien lui laisser un peu de place pour déposer ce qu’elle ressent auprès de ta présence bienveillante, entendre que pour elle, oui, c’est dur, et que depuis sa perception, cela lui demande beaucoup.
Une fois cette offrande d’accueil faite, si tu as envie de partager ton expérience, tu auras mis plus de chance de ton côté qu’elle t’écoute, et peut-être même, qu'elle réfléchisse, en accueillant à son tour ton regard.
5 - Authenticité, gratitude et expression
Parvenir à être fidèle à ce que l’on ressent est un joli objectif à mettre au centre de nos partages. Cela rejoint ce qui a été dit avant, et le prolonge.
Je peux m’autoriser à partager mon ressenti désagréable sur un sujet, en prenant la responsabilité de mon point de vue, ET je peux aussi faire le cadeau de partager ce qui m’est agréable !
« Merci tatie d’avoir pris le temps d’écouter mes arguments concernant mon mode de vie minimaliste, je sais que tu ne penses pas comme moi, mais j’ai aimé pouvoir échanger avec toi et sentir que tu essayais de me comprendre, c’était très chouette»,
« Mamie, papi, quand je vois tous ce que vous avez préparé pour nous accueillir, de jolies décorations, un feu crépitant, une table si colorée, je me sens vraiment chanceuse et touchée, c’était très agréable pour moi d'être avec vous ici », et ainsi de suite.
Notre culture est plutôt encline et familière à donner du temps, et des mots, au désaccord, à la critique, à argumenter… Savoir souligner ce qui nous touche, nous nourrit, verbaliser nos émotions agréables permet de densifier la relation dans ce qu’elle a de beau. Elle la renforce et cela permet aux individus de mieux ressentir et de s’appuyer aussi sur ce qui fonctionne. Parmi les bénéfices, par exemple, à l'orée d'une tension, cela a moins de risque de prendre une proportion démesurée. Ou bien, si l'envie de contribuer à votre bien-être était présente chez votre interlocuteur, vous le déchargez de la charge mentale de devoir interpréter votre non-verbal pour comprendre si vous êtes comblé, ou pas. Vous gagnez en préservation de vos énergies et en justesse !
Pour résumer : parlez en « je », entendez la souffrance derrière les jugements, évoquez ce à quoi vous aspirez, écoutez pleinement, et partagez ce qui vous met en joie dans l’instant présent !
Heureuses fêtes à nous !
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